Saturday, October 28, 2006

VALERY, la poesía pura

Paul Valéry; Francia, Sète 1871 - París 1945






Le Cimetière Marin


Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencee
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'ame,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!











EL CEMENTERIO MARINO

¡Oh alma mía, no aspires a la vida inmortal,
pero agota toda la extensión de lo posible.
Pindaro, Píticas III.

Calmo techo surcado de palomas,
palpita entre los pinos y las tumbas;
mediodía puntual arma sus fuegos
¡El mar, el mar siempre recomenzado!
¡Qué regalo después de un pensamiento
ver moroso la calma de los dioses!

¡Qué obra pura consume de relámpagos
vario diamante de invisible espuma,
y cuánta paz parece concebirse!
Cuando sobre el abismo un sol reposa,
trabajos puros de una eterna causa,
el Tiempo riela y es Sueño la ciencia.

Tesoro estable, templo de Minerva,
quietud masiva y visible reserva;
agua parpadeante, Ojo que en ti guardas
tanto sueño bajo un velo de llamas,
¡silencio mío!... ¡Edificio en el alma,
mas lleno de mil tejas de oro. Techo!

Templo del Tiempo, que un suspiro cifra,
subo a ese punto puro y me acostumbro
de mi mirar marino todo envuelto;
tal a los dioses mi suprema ofrenda,
el destellar sereno va sembrando
soberano desdén sobre la altura.

Como en deleite el fruto se deslíe,
como en delicia truécase su ausencia
en una boca en que su forma muere,
mi futura humareda aquí yo sorbo,
y al alma consumida el cielo canta
la mudanza en rumor de las orillas.

¡Bello cielo real, mírame que cambio!
Después de tanto orgullo, y de tanto
extraño ocio, mas pleno de poderes,
a ese brillante espacio me abandono,
sobre casas de muertos va mi sombra
que a su frágil moverse me acostumbra.
A teas del solsticio expuesta el alma,
sosteniéndote estoy, ¡oh admirable
justicia de la luz de crudas armas!
Pura te tomo a tu lugar primero:
¡mírate!... Devolver la luz supone
taciturna mitad sumida en sombra.

Para mí solo, a mí solo, en mí mismo,
un corazón, en fuentes del poema,
entre el vacío y el suceso puro,
de mi íntima grandeza el eco aguardo,
cisterna amarga, oscura y resonante,
¡hueco en el alma, son siempre futuro!

Sabes, falso cautivo de follajes,
golfo devorador de enjutas rejas,
en mis cerrados ojos, deslumbrantes
secretos, ¿qué cuerpo hálame a su término
y qué frente lo gana a esta tierra ósea?
Una chispa allí pienso en mis ausentes.

Sacro, pleno de un fuego sin materia;
ofrecido a la luz terrestre trozo,
me place este lugar alto de teas,
hecho de oro, piedra, árboles oscuros,
mármol temblando sobre tantas sombras;
¡allí la mar leal duerme en mis tumbas!

¡Al idólatra aparta, perra espléndida!
Cuando con sonrisa de pastor, solo,
apaciento carneros misteriosos,
rebaño blanco de mis quietas tumbas,
¡las discretas palomas de allí aléjalas,
los vanos sueños y ángeles curiosos!

Llegado aquí pereza es el futuro,
rasca la sequedad nítido insecto;
todo ardido, deshecho, recibido
en quién sabe qué esencia rigurosa...
La vida es vasta estando ebrio de ausencia,
y dulce el amargor, claro el espíritu.

Los muertos se hallan bien en esta tierra
cuyo misterio seca y los abriga.
Encima el Mediodía reposando
se piensa y a sí mismo se concilia...
Testa cabal, diadema irreprochable,
yo soy en tu interior secreto cambio.

¡A tus temores, sólo yo domino!
Mis arrepentimientos y mis dudas,
son el efecto de tu gran diamante...
Pero en su noche grávida de mármoles,
en la raíz del árbol, vago pueblo
ha asumido tu causa lentamente.

En una densa ausencia se han disuelto,
roja arcilla absorbió la blanca especie,
¡la gracia de vivir pasó a las flores!
¿Dónde del muerto frases familiares,
el arte personal, el alma propia?
En la fuente del llanto larvas hilan.

Agudo gritos de exaltadas jóvenes,
ojos, dientes, humedecidos párpados,
el hechicero seno que se arriesga,
la sangre viva en labios que se rinden,
los dedos que defienden dones últimos,
¡va todo bajo tierra y entra al juego!

Y tú, gran alma, ¿un sueño acaso esperas
libre ya de colores del engaño
que al ojo camal fingen onda y oro?
¿Cuando seas vapor tendrás el canto?
¡Ve! ¡Todo huye! Mi presencia es porosa,
¡la sagrada impaciencia también muere!

¡Magra inmortalidad negra y dorada,
consoladora de horroroso lauro
que maternal seno haces de la muerte,
el bello engaño y la piadosa argucia!
¡Quién no conoce, quién no los rechaza,
al hueco cráneo y a la risa eterna!

deshabitadas testas, hondos padres,
que bajo el peso de tantas paladas,
sois la tierra y mezcláis nuestras pisadas,
el roedor gusano irrebatible
para vosotros no es que bajo tablas
dormís, ¡de vida vive y no me deja!

¿Amor quizás u odio de mí mismo?
¡Tan cerca tengo su secreto diente
que cualquier nombre puede convenirle!
¡Qué importa! ¡Mira, quiere, piensa, toca!
¡Agrádale mi carne, aun en mi lecho,
de este viviente vivo de ser suyo!

¡Zenón! ¡Cruel Zenón! ¡Zenón de Elea!
¡Me has traspasado con tu flecha alada
que vibra, vuela y no obstante no vuela!
¡Su son me engendra y mátame la flecha!
¡Ah! el sol... ¡Y qué sombra de tortuga
para el alma, veloz y quieto Aquiles!

¡No! ¡No!... ¡De pie! ¡En la era sucesiva!
¡Cuerpo mío, esta forma absorta quiebra!
¡Pecho mío, el naciente viento bebe!
Una frescura que la mar exhala,
ríndeme el alma... i Oh vigor salado!
¡Ganemos la onda en rebotar viviente!

¡Sí! Inmenso mar dotado de delirios,
piel de pantera, clámide horadada
por los mil y mil ídolos solares,
hidra absoluta, ebria de carne azul,
que te muerdes la cola destellante
en un tumulto símil al silencio.

¡Se alza el viento!... ¡Tratemos de vivir!
¡,Cierra y abre mi libro el aire inmenso,
brota audaz la ola en polvo de las rocas!
¡Volad páginas todas deslumbradas!
¡Olas, romped con vuestra agua gozosa
calmo techo que foques merodean!














LOS PASOS


Pasos nacidos de un silencio
tenue, sagradamente dados,
hacia el recinto de mis sueños
vienen tranquilos, apagados.

Rumores puros y divinos,
todos los dones que descubro
-¡oh blandos pasos reprimidos!-
llegan desde tus pies desnudos.

Si en el convite de tus labios
recoge para su sosiego
mi pensamiento -huésped ávido-
el vivo manjar de tu beso.

Avanza con dulzura lenta,
con ternura de ritmos vagos:
como ha vivido de tu espera,
mi corazón marcha en tus pasos.











LA DORMEUSE

¿Qué secreto mi amiga quema bajo tu pecho?
¿A través de tu rostro huele el alma de una flor?
¿De qué vano alimento tu cándido calor
hace aquel puro brillo que te alumbra en tu lecho?

Sueños, respiración, abolido despecho...
Más fuerte eres que el llanto sosiego vencedor
cuando en tu pleno sueño redondez y temblor
de ese seno enemigo se alzan en acecho.

Mujer, montón dorado de sombras y de mimos
tu temible reposo tales dones retrata
lánguida cervatilla buscando los racimos.

Que a pesar de tu alma que el infierno encarcela
tu forma el vientre puro con el brazo recata
y mis ojos se abren mientras tu forma vela.










HELENA

¡Azul! Soy yo. Regreso de lúgubres canteras
a ver el mar lanzando sus escalas sonoras,
y al filo de los remos de oro, en las auroras,
zarpando de su rada nocturna las galeras.

Mis manos solitarias invocan los monarcas
-yo hundía entre su barba de sal mis dedos puros-.
Llorando he visto, al eco de sus himnos oscuros,
huir los golfos ante la popa de sus barcas.

Oigo las caracolas hondas, los helicones
marciales en las rítmicas alas de los timones;
claros cantos remeros encadenan rugidos.

Y en las heroicas proas, los dioses exaltados,
con sus plácidos rostros de la espuma azotados,
me tienden indulgentes sus brazos esculpidos.








ENCANTAMIENTO

Vierte la luna débil sus albores sagrados
como una basquiña ,de vaporoso argento
sobre moles de mármol que cruza el soñoliento
paso de alguna virgen en velos nacarados.

A los cisnes sedeños que abren los juncales
con su quilla de pluma donde la luz reposa
les deshoja su mano la más nevada rosa,
y en el agua los pétalos difunden espirales.

Soledad extasiada, dulcificante duna,
cuando el agua hervorosa bruñida por la luna
sus voces cristalinas sin término propaga,

-¿qué alma padeciera la magia inexorable
de la rútila noche con su cielo implacable
sin exhalar un grito puro como una daga?










UNA TARDE ADORNADA DE PALOMAS SUBLIMES...

Una tarde adornada de palomas sublimes
la doncella suavemente se peina al sol.
Roza en la onda al nenúfar con su pie de arrebol
y entibia sus dos manos errantes y morosas
tendiendo hacia el ocaso sus transparentes rosas.
Una onda inocente recorre en emoción
su piel: es que una flauta toca un absurdo son.
El músico, que tiene dientes de pedrería,
lanza una fútil brisa de sombra y fantasía
con el oculto beso que arriesga entre las flores.
Fría, ante el dulce juego de llantos y de amores,
ni haciéndose divina con una frase sola
de rosa, la belleza, gracias a su aureola,
en suelta cabellera de mirra perfumada
mira, con ojo augusto entre la crencha dorada
la luz que antes pasó entre sus manos abiertas.
Sobre su espalda húmeda cae una hoja muerta.
De la flauta, hasta el agua, cae una gota suave
y el pie puro se asusta como una bella ave
ebria de sombra...









POESÍA

Con sorpresa y emoción,
una boca que bebía
del seno de la Poesía
dijo, apartando el plumón:

¡Oh mi madre Inteligencia
de quien el dulzor fluyó!
¿Cuál extraña negligencia
ahora tu seno secó?

Sobre tu pecho divino
apenas ponía mi sien,
sentía el mecer marino
de tu corazón de bien;

recién, en la obscura niebla
que bajó hasta tu beldad,
sentía, al beber tiniebla
llenarme de claridad.

Dios diluído en tu esencia,
Lleno de felicidad
y dócil a la conciencia
De la gran tranquilidad,

Alcancé la noche pura
y olvidéme del no ser,
pues, un río de ventura
por mí parecía correr. .

¿Qué escrúpulo temeroso,
qué despecho te asaltó,
que tu fluír milagroso
en mis labios se cortó?

¡Oh rigor! Yo bien recelo
que tu alma se ofendió
el silencio, cisne en vuelo,
ya no reina entre tú y yo.

¡Oh Inmortal! Ya no me informa
de tesoros tu mirar
y se hizo piedra la forma
que yo sentí palpitar

Me han privado tus agravios
hasta del cielo el claror.
¿Qué serás tú sin mis labios?
¿Qué seré yo sin tu amor?

Pero la fuente ya inerte
Le respondió sin pasión:
-¡Ay, me has mordido muy fuerte!
No late mi corazón.










EL BOSQUE AMIGO

En las sendas pensamos cosas puras,
uno al lado del otro, fugitivos,
cogidos de la mano, y pensativos
en medio de las flores más oscuras.

Íbamos solos, como enamorados,
entre la verde noche del sendero,
compartiendo el fugaz fruto hechicero
del astro que aman los enajenados.

Después, muy lejos, en la sombra densa
de aquel íntimo bosque rumoroso,
morimos -solos!- sobre el césped blando.

Y arriba, en medio de la luz inmensa,
¡oh, amigo del silencio más hermoso,
nos encontramos otra vez, llorando!

Tuesday, October 17, 2006

GIUSEPPE UNGARETTI y la alegría




GIUSEPPE UNGARETTI; de padres italianos, nació el 8 de febrero de 1888 en Alejandría (Egipto); Murió en Milán, Italia, el 2 de junio de 1970.




TODO HE PERDIDO

Todo he perdido de la infancia
y no podré ya más
olvidarme en un grito.

He enterrado la infancia
en el fondo de las noches
y ahora, espada invisible,
me separa de todo.

De mi recuerdo que exultaba amándote,
y aquí estoy, extraviado
en lo infinito de las noches.

Desesperación que incesante aumenta,
ya para mí la vida,
detenida en el fondo de la garganta,
no es más que una roca de gritos.







ABURRIMIENTO

También esta noche pasará
Esta soledad de ronda
titubeante sombra de los cables tranviarios
sobre el húmedo asfalto

Miro a los conductores
medio dormidos
cabecear.







Mañana (Santa María La Longa, 26 de enero de 1917)

Me ilumino
de inmenso


Da Allegria di Naufragi (1919). Mattina (Santa Maria La Longa il 26 gennaio 1917). M’illumino / d’immenso








SOLDADOS
Se está como
de otoño
sobre los árboles
las hojas

Soldati (Bosco di Courton luglio 1918) Si stà come /d´autunno /sugli alberi /le foglie








TAL VEZ SE NACE

Hay una neblina que nos borra

Tal vez aquí arriba nace un río

Oigo el canto de las sirenas
del lago donde estaba la ciudad.


Nasce forse. C'è la nebbia che ci cancella / Nasce forse un fiume quassú / Ascolto il canto delle sirene / del lago dov’era la cittá.









Inicio de tarde (Versa, 15 de febrero de 1917)

La vida se vacía
en diáfana ascensión
de nubes llenas
pespunteadas de sol

Inizio di sera (Versa il 15 febbraio 1917). La vita si svuota / in diafana ascesa / di nuvole colme / trapunte di sole.







EL ANGEL DEL POBRE

Ahora que invade las nubladas mentes
más áspera piedad de la sangre y la tierra,
ahora que nos mide a cada pálpito
el silencio de tanta injusta muerte,

ahora que despierta el ángel del pobre,
gentileza del alma, pervivida...

Con el gesto inextinguible de los siglos
baje a la cabecera de su viejo pueblo
en medio de las sombras...






A LA SALIDA

Quién viniera conmigo a través de los campos

El sol se esparce en diamantinas
gotas de agua
sobre la frágil hierba

Me recuesto con
el placer
del apacible corazón del universo

Las montañas crecen
en corrientes de sombra lila
y se perfilan contra el cielo

En la luminosa cúpula arriba
el hechizo se ha roto

Y yo retorno hacia mí
y anidado me escondo dentro de mí mismo
Versa, 27 Abril 1916













ATARDECER

Versa, 20 de mayo de 1916

La ruborosa cara del cielo
despierta el oasis
para el nómada amor.









CIELO DESPEJADO

Bois de Courton, Julio 1918

Después de la creciente
niebla
una
por una
las estrellas
se quitan el velo

Respiro
el aire fresco
que el color del cielo
me ofrece

Sé soy
una pasajera
imagen

atrapada en un círculo
inmortal












CONDENA

Como la áspera piedra del volcán,
como la piedra pulida del torrente,
como la noche sola y desnuda,
alma como honda y con terrores
¿Por qué no te recoge
la mano firme del Señor?

Este alma
que sabe las vanidades del corazón
y sabe pérfidas sus tentaciones,
y del mundo conoce la medida,
y los planes de nuestra mente
considera minucias,
¿por qué no puede soportar
más que arrebatos terrenos?

Tú no me miras ya, Señor...
Y no busco sino olvido
en la ceguedad de la carne.








DISTANTE

Versa, 15 Febrero 1917

Distante en una tierra distante
como a un hombre ciego
ellos me han abandonado















JUNO

1931

Alrededor de esa perfecta madurez que me atormenta,
Un muslo levantándose por sobre otro...

Esparce tu furia a través de una acerba noche!









LA MADRE

Y cuando el corazón de un último latido
haya hecho caer el muro de sombra,
para conducirme, madre, hasta el Señor,
como una vez me darás la mano.

De rodillas, decidida,
serás una estatua delante del Eterno,
como ya te veía
cuando estabas todavía en la vida.

Alzarás temblorosa los viejos brazos,
como cuando expiraste
diciendo: Dios mío, heme aquí.

Y sólo cuando me haya perdonado
te entrarán deseos de mirarme.

Recordarás haberme esperado tanto
y tendrás en los ojos un rápido suspiro.










LA MUERTE MEDITADA

Canto quinto

Has cerrado los ojos,
nace una noche
nena de falsos huecos,
de ruidos muertos
como de corchos
de redes caladas en el agua.

Tus manos se hacen como un soplo
de inviolables lontananzas,
inaferrables como las ideas,

y el equívoco de la luna
y el balancearse, dulcísimos,
si quieres posármelas sobre los ojos,
tocan el alma.

Eres la mujer que pasa
como una hoja
y dejas en los árboles un fuego de otoño.










LA PIEDAD

1
Soy un hombre herido.
Y yo quisiera irme
y llegar finalmente,
piedad, a donde se escucha
al hombre que está sólo consigo.

No tengo más que soberbia y bondad.

Y me siento exilado en medio de los hombres.

Mas por ellos estoy en pena.

¿No sería digno de volver a mí?

He poblado de nombres el silencio.

¿He hecho pedazos corazón y mente
para caer en servidumbre de palabras?
Reino sobre fantasmas.

Hojas secas,
alma llevada aquí y allá...,

No, odio el viento y su voz
de bestia inmemorable.

Dios, ¿aquéllos que te imploran
no te conocen más que de nombre?

Me has arrojado de la vida:
¿me arrojarás de la muerte?

Quizá el hombre también es indigno de esperanza.

¿Hasta la fuente del remordimiento está seca?

El pecado, qué importa
si ya no conduce a la pureza.

La carne apenas recuerda
que tuvo fuerza una vez.

Loca y gastada está el alma.

Dios mira nuestra debilidad.

Queremos una certeza.

¿Ya ni siquiera te ríes de nosotros?

Compadécenos entonces, crueldad.

No puedo seguir amurallado
en el deseo sin amor .

Muéstranos una huella de justicia.

Tu ley, ¿cuál es?

Fulmina mis pobres emociones,
libérame de la inquietud.
Estoy cansado de gritar sin voz.


2
Carne melancólica
donde una vez pululó la alegría,
ojos entreabiertos del despertar cansado,
¿ves tú, alma demasiado madura,
lo que seré caído en la tierra?

Está en los vivos el camino de los difuntos,

nosotros somos una riada de sombras,

y ellas el grano que explota en el sueño,

de ellas es la lejanía que nos queda
y de ellas la sombra que da peso a los nombres.

La esperanza de una gran sombra
¿sólo es esto nuestra suerte?

¿Y no serías tú más que un sueño, Dios?

Temerarios, por lo menos un sueño
queremos que sea semejante a ti.

Es parto de la locura más clara.

No tiembla en nubes de ramas
como pájaros de la madrugada
al borde de los párpados.

En nosotros está y languidece, llaga misteriosa

3
La luz que nos aguija
es un hilo cada vez más sutil.
¿Sólo deslumbras matando?
Dáme esta alegría suprema.

4
El hombre, monótono universo,
cree acrecentar sus bienes,
y de sus manos febriles
no salen, sin fin, más que límites.

Pegado al vacío,
a su hilo de araña,

no teme ni seduce
más que a su propio grito.

Evita el desgaste haciendo tumbas,
y para pensarte, Eterno,
no tiene más que blasfemias.











LOS RECUERDOS

Los recuerdos, inútil infinito,
pero solos y unidos contra el mar, intacto,
en medio de estertores infinitos...

El mar,
voz de una libre grandeza
pero inocencia enemiga en los recuerdos,
tan rápido en borrar las huellas dulces
de un pensamiento fiel...

El mar, sus blanduras indolentes
tan feroces y esperadas tanto, tanto,
y en su agonía,
presente siempre, renovada siempre,
en el despierto pensamiento, la agonía.

Los recuerdos,
el revolverse vano
de arena que se mueve
sin pesar sobre la arena,

ecos breves y lentos,
sin voz, ecos de los adioses
a minutos que parecían felices...










NO GRITÉIS MÁS

Dejad de matar a los muertos,
no gritéis más, no gritéis,
si les queréis todavía oír
si esperáis no perecer .

Tienen un susurro imperceptible,
no hacen más rumor
que el crecer de 1a hierba,
alegre donde no pasa el hombre.












NO LLORES MÁS

Para de matar a los muertos,
No llores más, no llores más
Si deseas aún escucharlos,
Si esperas no perecer.
Su susurro es imperceptible,
Ellos no hacen más ruido
Que el crecimiento de la hierba,
Felices donde el hombre no transita.











NOSTALGIA

Locvizza, 28 Septiembre 1916
Cuando
la noche está por pasar
un poco antes de empezar la primavera
y la gente
comience a transitar

Un sombrío color
de llanto
se espesa sobre París

En la esquina
del puente
contemplo
el inabarcable silencio
de una pobre niña

Nuestras dos
enfermedades
van juntas

Y si arrastradas a otro lugar
allá estaríamos juntos






PLACER

Versa, 18 Febrero 1917

Ardo con la
fiebre
de este torrente de luz

Doy la bienvenida a este
día como
a dulcificante fruta

Esta noche
sentiré
remordimiento como un
alarido
perdido en el
desierto











QUIETUD

1931

Las uvas maduras, el campo arado,

La colina se recorta en las nubes.

En los espejos polvorientos del verano
la sombra ha caído,

Entre los dedos inciertos
Su destello es claro,
Y distante,

Con las golondrinas vuela
La última angustia.








SOLDADOS

Se está como
en otoño
sobre los árboles
las hojas.










TIERRA

Podría haber en la guadaña
un rápido reflejo, y el rumor
tornar y perderse por grados
hacia las grutas, y el viento podría
de otra sal enrojecer los ojos...

Podrías, la quilla sumergida,
oirla deslizarse a lo lejos,
o a una gaviota equivocar su pico,
la presa huída, en el espejo...

Del trigo de noches y días
colmadas mostraste las manos,
delfines de los viejos tirrenos
viste pintados en secretos
muros inmateriales y, luego, detrás
de las naves, vivos volar,
y tierra eres aún de cenizas
de inventores sin descanso.

Cauto temblor podría otra vez a adormecedoras
mariposas en los olivos, de un instante a otro,
despertar;
quedarás inspiradas vigilias de extintos,
intervenciones insomnes de ausentes,
la fuerza de cenizas, sombras
en el raudo oscilar de las platas.

Continúas derribando al viento ;
desde abetos a palmeras el estrépito
por siempre desolas; silente
el grito de los muertos es más fuerte.












VAGABUNDO

En ninguna
parte
de la tierra
me puedo
arraigar

A cada
nuevo
clima
que encuentro
descubro
desfalleciente
que
una vez
ya le estuve
habituado

Y me separo siempre
extranjero

Naciendo
tornado de épocas demasiado
vividas

Gozar un solo
minuto de vida
inicial

Busco un
país inocente







VIGILIA

Una entera velada
tendido al costado
de un compañero
masacrado
con su boca
desencajada
vuelta al plenilunio
con la congestión
de sus manos
penetrada
en mi silencio
he escrito
cartas llenas de amor.

No me he sentido nunca
tan
aferrado a la vida.










DESPEDIDA

Amable
Ettore Serra
poesía
es el mundo
la humanidad
la propia vida
florecidos por la palabra
la límpida maravilla
de una delirante fermentación

Cuando encuentro
en este silencio mío
una palabra
cavada está en mi vida
como un abismo

Tuesday, October 10, 2006

JOSÉ MARTÍ, poeta y patriota cubano

José Martí; La Habana, Cuba 28-ene-1853 - Dos Ríos, Cuba 19-may-1895.




CULTIVO UNA ROSA BLANCA

Cultivo una rosa blanca
En Junio como en Enero,
Para el amigo sincero,
Que me da su mano franca.

Y para el cruel que me arranca
El corazón con que vivo,
Cardo ni ortiga cultivo
cultivo una rosa blanca.




DENTRO DE MÍ

Dentro de mí hay un león enfrenado:
De mi corazón he labrado sus riendas:
Tú me lo rompiste: cuando lo vi roto
Me pareció bien enfrenar a la fiera.

Antes, cual la llama que en la estera prende,
Mi cólera ardía, lucía y se apagaba:
Como del león generoso en la selva
La fiebre se enciende; lo ciega y se calma.

Pero, ya no puedes: las riendas le he puesto
Y al juicio he subido en el león a caballo:
La furia del juicio es tenaz: ya no puedes.
Dentro de mí hay un león enfrenado.





VALLE LOZANO

Dígame mi labriego Otros, con dagas grandes
¿Cómo es que ha andado Mi pecho araron:
En esta noche lóbrega Pues, ¿qué hierro es el tuyo
Este hondo campo? Que no hace daño?
Dígame de qué flores Y esto dije -y el niño
Untó el arado Riendo me trajo
Que la tierra olorosa En sus dos manos blancas
Trasciende a nardos? Un beso casto.
Dígame de qué ríos
Regó ese prado,
Que era un valle muy negro
Y ora es lozano?




YO SOY UN HOMBRE SINCERO...

Yo soy un hombre sincero
De donde crece la palma,
Y antes de morirme quiero
Echar mis versos del alma.

Yo vengo de todas partes,
Y hacia todas partes voy:
Arte soy entre las artes,
En los montes, monte soy.

Yo sé los nombres extraños
De las yerbas y las flores,
Y de mortales engaños,
Y de sublimes dolores.

Yo he visto en la noche oscura
Llover sobre mi cabeza
Los rayos de lumbre pura
De la divina belleza.

Alas nacer vi en los hombros
De las mujeres hermosas:
Y salir de los escombros,
Volando las mariposas.

He visto vivir a un hombre
Con el puñal al costado,
Sin decir jamás el nombre
De aquella que lo ha matado.

Rápida, como un reflejo,
Dos veces vi el alma, dos:
Cuando murió el pobre viejo,
Cuando ella me dijo adiós.

Temblé una vez -en la reja,
A la entrada de la viña,-
Cuando la bárbara abeja
Picó en la frente a mi niña.

Gocé una vez, de tal suerte
Que gocé cual nunca: -cuando
La sentencia de mi muerte
Leyó el alcaide llorando.

Oigo un suspiro, a través
De las tierras y la mar,
Y no es un suspiro, -es
Que mi hijo va a despertar.

Si dicen que del joyero
Tome la joya mejor,
Tomo a un amigo sincero
Y pongo a un lado el amor.

Yo he visto al águila herida
Volar al azul sereno,
Y morir en su guarida
La víbora del veneno.

Yo sé bien que cuando el mundo
Cede, lívido, al descanso,
Sobre el silencio profundo
Murmura el arroyo manso.

Yo he puesto la mano osada,
De horror y júbilo yerta,
Sobre la estrella apagada
Que cayó frente a mi puerta.

Oculto en mi pecho bravo
La pena que me lo hiere:
El hijo de un pueblo esclavo
Vive por él, calla y muere.

Todo es hermoso y constante,
Todo es música y razón,
Y todo, como el diamante,
Antes que luz es carbón.

Yo sé que el necio se entierra
Con gran lujo y con gran llanto.
Y que no hay fruta en la tierra
Como la del camposanto.

Callo, y entiendo, y me quito
La pompa del rimador:
Cuelgo de un árbol marchito
Mi muceta de doctor.










IV - YO VISITARÉ ANHELANTE...

Yo visitaré anhelante
Los rincones donde a solas
Estuvimos yo y mi amante
Retozando con las olas.

Solos los dos estuvimos,
Solos, con la compañía
De dos pájaros que vimos
Meterse en la gruta umbría.

Y ella, clavando los ojos,
En la pareja ligera,
Deshizo los lirios rojos
Que le dio la jardinera.

La madreselva olorosa
Cogió con sus manos ella,
Y una madama graciosa,
Y un jazmín como una estrella.

Yo quise, diestro y galán,
Abrirle su quitasol;
Y ella me dijo: "¡Qué afán!
¡Si hoy me gusta ver el sol!"

"Nunca más altos he visto
Estos nobles robledales:
Aquí debe estar el Cristo,
Porque están las catedrales."

"Ya sé dónde ha de venir
Mi niña a la comunión;
De blanco la he de vestir
Con un gran sombrero alón."

Después, del calor al peso,
Entramos por el camino,
Y nos dábamos un beso
En cuanto sonaba un trino.

¡Volveré, cual quien no existe,
Al lago mudo y helado:
Clavaré la quilla triste:
Posaré el remo callado!











V - SI VES UN MONTE DE ESPUMAS...

Si ves un monte de espumas,
Es mi verso lo que ves:
Mi verso es un monte, y es
Un abanico de plumas.

Mi verso es como un puñal
Que por el puño echa flor:
Mi verso es un surtidor
Que da un agua de coral.

Mi verso es de un verde claro
Y de un carmín encendido:
Mi verso es un ciervo herido
Que busca en el monte amparo.

Mi verso al valiente agrada:
Mi verso, breve y sincero,
Es del vigor del acero
Con que se funde la espada.










VI - SI QUIEREN QUE DE ESTE MUNDO...

Si quieren que de este mundo
Lleve una memoria grata,
Llevaré, padre profundo,
Tu cabellera de plata.

Si quieren, por gran favor,
Que lleve más, llevaré
La copia que hizo el pintor
De la hermana que adoré.

Si quieren que a la otra vida
Me lleve todo un tesoro,
¡Llevo la trenza escondida
Que guardo en mi caja de oro!








IX - QUIERO, A LA SOMBRA DE UN ALA...

Quiero, a la sombra de un ala,
Contar este cuento en flor:
La niña de Guatemala,
La que se murió de amor.

Eran de lirios los ramos,
Y las orlas de reseda
Y de jazmín: la enterramos
En una caja de seda.

...Ella dio al desmemoriado
Una almohadilla de olor:
El volvió, volvió casado:
Ella se murió de amor.

Iban cargándola en andas
Obispos y embajadores:
Detrás iba el pueblo en tandas,
Todo cargado de flores.

...Ella, por volverlo a ver,
Salió a verlo al mirador:
El volvió con su mujer:
Ella se murió de amor.

Como de bronce candente
Al beso de despedida
Era su frente ¡la frente
Que más he amado en mi vida!

...Se entró de tarde en el río,
La sacó muerta el doctor:
Dicen que murió de frío:
Yo sé que murió de amor.

Allí, en la bóveda helada,
La pusieron en dos bancos:
Besé su mano afilada,
Besé sus zapatos blancos.

Callado, al oscurecer,
Me llamó el enterrador:
¡Nunca más he vuelto a ver
A la que murió de amor!










XVIII - EL ALFILER DE EVA LOCA...

El alfiler de Eva loca
Es hecho del oro oscuro
Que le sacó un hombre puro
Del corazón de una roca.

Un pájaro tentador
Le trajo en el pico ayer
Un relumbrante alfiler
De pasta y de similar.

Eva se prendió al oscuro
Talle el diamante embustero:
Y echó en el alfiletero
El alfiler de oro puro.

















XIX - POR TUS OJOS ENCENDIDOS...

Por tus ojos encendidos
Y lo mal puesto de un broche.
Pensé que estuviste anoche
Jugando a juegos prohibidos.

Te odié por vil y alevosa:
Te odié con odio de muerte:
Náusea me daba de verte
Tan villana y tan hermosa.

Y por la esquela que vi
Sin saber cómo ni cuándo.
Sé que estuviste llorando
Toda la noche por mí.






XX - MI AMOR DEL AIRE SE AZORA...

Mi amor del aire se azora;
Eva es rubia, falsa es Eva:
Viene una nube, y se lleva
Mi amor que gime y que llora.

Se lleva mi amor que llora
Esa nube que se va:
Eva me ha sido traidora:
¡Eva me consolará!












XXI - AYER LA VI EN EL SALÓN...

Ayer la vi en el salón
De los pintores, y ayer
Detrás de aquella mujer
Se me saltó el corazón.

Sentada en el suelo rudo
Está en el lienzo: dormido
Al pie, el esposo rendido:
Al seno el niño desnudo.

Sobre unas briznas de paja
Se ven mendrugos mondados:
Le cuelga el manto a los lados,
Lo mismo que una mortaja.

No nace en el torvo suelo
Ni una viola, ni una espiga:
¡Muy lejos, la casa amiga,
Muy triste y oscuro el cielo!...

¡Ésa es la hermosa mujer
Que me robó el corazón
En el soberbio salón
De los pintores de ayer!









XXII - ESTOY EN EL BAILE EXTRAÑO...

Estoy en el baile extraño
De polaina y casaquín
Que dan, del año hacia el fin,
Los cazadores del año.

Una duquesa violeta
Va con un frac colorado:
Marca un vizconde pintado
El tiempo en la pandereta.

Y pasan las chupas rojas,
Pasan los tules de fuego,
Como delante de un ciego
Pasan volando las hojas.














XXXV - QUÉ IMPORTA QUE TU PUÑAL...

¿Qué importa que tu puñal
Se me clave en el riñón?
¡Tengo mis versos, que son
Más fuertes que tu puñal!

¿Qué importa que este dolor
Seque el mar, y nuble el cielo?
El verso, dulce consuelo,
Nace alado del dolor.



















XXXVII - AQUÍ ESTÁ EL PECHO, MUJER...

Aquí está el pecho, mujer,
Que ya sé que lo herirás;
¡Mas grande debiera ser,
Para que lo hirieses más!

Porque noto, alma torcida,
Que en mi pecho milagroso,
Mientras más honda la herida,
Es mi canto más hermoso.
















XLIII - MUCHO SEÑORA DARÍA...

Mucho, señora, daría
Por tender sobre tu espalda
Tu cabellera bravía,
Tu cabellera de gualda:
Despacio la tendería,
Callado la besaría.

Por sobre la oreja fina
Baja lujoso el cabello,
Los mismo que una cortina
Que se levanta hacia el cuello.
La oreja es obra divina
De porcelana de China.

Mucho, señora, te diera
Por desenredar el nudo
De tu roja cabellera
Sobre tu cuello desnudo:
Muy despacio la esparciera,
Hilo por hilo la abriera.







XLVI - VIERTE CORAZÓN TU PENA...

Vierte, corazón, tu pena
Donde no se llegue a ver,
Por soberbia, y por no ser
Motivo de pena ajena.

Yo te quiero, verso amigo,
Porque cuando siento el pecho
Ya muy cargado y deshecho,
Parto la carga contigo.

Tú me sufres, tú aposentas
En tu regazo amoroso,
Todo mi amor doloroso,
Todas mis ansias y afrentas.

Tú, porque yo pueda en calma
Amar y hacer bien, consientes
En enturbiar tus corrientes
Con cuanto me agobia el alma.

Tú, porque yo cruce fiero
La tierra, y sin odio, y puro,
Te arrastras, pálido y duro,
Mi amoroso compañero.

Mi vida así se encamina
Al cielo limpia y serena,
Y tú me cargas mi pena
Con tu paciencia divina.

Y porque mi cruel costumbre
De echarme en ti te desvía
De tu dichosa armonía
Y natural mansedumbre;

Porque mis penas arrojo
Sobre tu seno, y lo azotan,
Y tu corriente alborotan,
Y acá lívido, allá rojo,

Blanco allá como la muerte,
Ora arremetes y ruges,
Ora con el peso crujes
De un dolor más que tú fuerte,

¿Habré, como me aconseja
Un corazón mal nacido,
De dejar en el olvido
A aquel que nunca me deja?

¡Verso, nos hablan de un Dios
Adonde van los difuntos:
Verso, o nos condenan juntos,
O nos salvamos los dos!




EN TI PENSABA...

En ti pensaba, en tus cabellos
que el mundo de la sombra envidiaría,
y puse un punto de mi vida en ellos
y quise yo soñar que tú eras mía.

Ando yo por la tierra con los ojos
alzados -¡oh, mi afán!- a tanta altura
que en ira altiva o míseros sonrojos
encendiólos la humana criatura.

Vivir: -Saber morir; así me aqueja
este infausto buscar, este bien fiero,
y todo el Ser en mi alma se refleja,
y buscando sin fe, de fe me muero.








SÉ, MUJER PARA MÍ...
Sé, mujer, para mí, como paloma
Sin ala negra:
Bajo tus alas mi existencia amparo:
¡No la ennegrezcas!
Cuando tus pardos ojos, claros senos
De natural grandeza,
En otro que no en mí sus rayos posan
¡Muero de pena!

Cuando miras, envuelves, cuando miras,
Acaricias y besas:
Pues ¿,cómo he de querer que a nadie mires,
Paloma de ala negra?










SED DE BELLEZA

Solo, estoy solo: viene el verso amigo,
Como el esposo diligente acude
De la erizada tórtola al reclamo.
Cual de los altos montes en deshielo
Por breñas y por valles en copiosos
Hilos las nieves desatadas bajan
Así por mis entrañas oprimidas
Un balsámico amor y una avaricia
Celeste, de hermosura se derraman.
Tal desde el vasto azul, sobre la tierra,
Cual si de alma de virgen la sombría
Humanidad sangrienta perfumasen,
Su luz benigna las estrellas vierten
Esposas del silencio! -y de las flores
Tal el aroma vago se levanta.

Dadme lo sumo y lo perfecto: dadme
Un dibujo de Angelo: una espada
Con puño de Cellini, más hermosa
Que las techumbres de marfil calado
Que se place en labrar Naturaleza.
El cráneo augusto dadme donde ardieron
El universo Hamlet y la furia
Tempestuosa del moro: -la manceba
India que a orillas del ameno río
Que del viejo Chichén los muros baña
A la sombra de un plátano pomposo
Y sus propios cabellos, el esbelto
Cuerpo bruñido y nítido enjugaba.
Dadme mi cielo azul..., dadme la pura,
La inefable, la plácida, la eterna
Alma de mármol que al soberbio Louvre
Dio, cual su espuma y flor, Milo famosa.











ÁRBOL DE MI ALMA

Como un ave que cruza el aire claro
Siento hacia mí venir tu pensamiento
Y acá en mi corazón hacer su nido.
Ábrese el alma en flor: tiemblan sus ramas
Como los labios frescos de un mancebo
En su primer abrazo a una hermosura;
Cuchichean las hojas: tal parecen
Lenguaraces obreras y envidiosas,
A la doncella de la casa rica
En preparar el tálamo ocupadas:
Ancho es mi corazón, y es todo tuyo:
Todo lo triste cabe en él, y todo
Cuanto en el mundo llora, y sufre, y muere!
De hojas secas, y polvo, y derruidas
Ramas lo limpio: bruño con cuidado
Cada hoja, y los tallos: de las flores
Los gusanos y el pétalo comido
Separo: oreo el césped en contorno
Y a recibirte, oh pájaro sin mancha,
¡Apresto el corazón enajenado!



















VINO EL AMOR MENTAL

Vino el amor mental: ese enfermizo
Febril, informe, falso amor primero,
¡Ansia de amar que se consagra a un rizo,
Como, si a tiempo pasa, al bravo acero!

Vino el amor social: ese alevoso
Puñal de mango de oro oculto en flores
Que donde clava, infama: ese espantoso
Amor de azar, preñado de dolores.

Vino el amor del corazón: el vago
Y perfumado amor, que al alma asoma
Como el que en bosque duerme, eterno lago,
La que el vuelo aún no alzó, blanca paloma.

Y la púdica lira, al beso ardiente
Blanda jamás, rebosa a esta delicia,
Como entraña de flor, que al alba siente
De la luz no tocada la caricia.









BOSQUE DE ROSAS

(Allí despacio)

¡Oh! la sangre del alma, ¿tú la has visto?
Tiene manos y voz, y al que la vierte
Eternamente entre las sombras acusa.
¡Hay crímenes ocultos, y hay cadáveres
De almas, y hay villanos matadores!
Al bosque ven: del roble más erguido
Un pilón labremos, y ¡en el pilón
Cuantos engañen a mujer pongamos!

Ésa es la lidia humana: ¡la tremenda
Batalla de los cascos y los lirios!
¿Pues los hombres soberbios, no son fieras?
Bestias y fieras! Mira, aquí te traigo
Mi bestia muerta y mi furor domado.
Ven, a callar, a murmurar, al ruido
De las hojas de Abril y los nidales.
Deja, oh mi amada, las paredes mudas
De esta casa ahoyada y ven conmigo
No al mar que bate y ruge sino al bosque
De rosas que hay al fondo de la selva.
Allí es buena la vida, porque es libre,
Y tu virtud, por libre, será cierta,
Por libre, mi respeto meritorio.
Ni el amor, si no es libre, da ventura.

¡Oh, gentes ruines, los que en calma gozan
De robados amores! Si es ajeno
El cariño, el placer de respetarlo
Mayor mil veces es que el de su goce;
Del buen obrar que orgullo al pecho queda
Y como en dulces lágrimas rebosa,
Y en extrañas palabras, que parecen
¡Aleteos, no voces! Y ¡qué culpa
La de fingir amor! ¡Pues hay tormento
Como aquel, sin amar, de hablar de amores!

¡Ven, que allí triste iré, pues yo me veo!
¡Ven, que la soledad será tu escudo!



A LOS ESPACIOS

A los espacios entregarme quiero
Donde se vive en paz y con un manto
De luz, en gozo embriagador henchido,
Sobre las nubes blancas se pasea,
Y donde Dante y las estrellas viven.
Yo sé, yo sé, porque lo tengo visto
En ciertas horas puras, cómo rompe
Su cáliz una flor, y no es diverso
Del modo, no, con que lo quiebra el alma.
Escuchad, y os diré: - viene de pronto
Como una aurora inesperada, y como
A la primera luz de primavera
De flor se cubren las amables lilas...
¡Triste de mí! contároslo quería,
Y en espera del verso, las grandiosas
Imágenes en fila ante mis ojos
Como águilas alegres vi sentadas.
Pero las voces de los hombres echan
De junto a mí las nobles aves de oro.
Ya se van, ya se van. Ved cómo rueda
La sangre de mi herida.
Si me pedís un símbolo del mundo
En estos tiempos, vedlo: un ala rota.
Se labra mucho el oro. ¡EI alma apenas!
Ved cómo sufro. Vive el alma mía
Cual cierva en una cueva acorralada.
¡Oh, no está bien; me vengaré, llorando!









Y TE BUSQUÉ

Y te busqué por pueblos,
Y te busqué en las nubes,
Y para hallar tu alma,
Muchos lirios abrí, lirios azules.

Y los tristes llorando me dijeron:
¡Oh, qué dolor tan vivo!
¡Que tu alma ha mucho tiempo que vivía
En un lirio amarillo!

Mas dime ¿cómo ha sido?
¿Yo mi alma en mi pecho no tenía?
Ayer te he conocido,
Y el alma que aquí tengo no es la mía.

















LA NIÑA DE GUATEMALA

Quiero, a la sombra de un ala,
contar este cuento en flor:
la niña de Guatemala,
la que se murió de amor.

Eran de lirios los ramos,
y las orlas de reseda
y de jazmín: la enterramos
en una caja de seda.

...Ella dio al desmemoriado
una almohadilla de olor:
él volvió, volvió casado:
ella se murió de amor.

Iban cargándola en andas
obispos y embajadores:
detrás iba el pueblo en tandas,
todo cargado de flores.

...Ella, por volverlo a ver,
salió a verlo al mirador:
él volvió con su mujer:
ella se murió de amor.

Como de bronce candente
al beso de despedida
era su frente, ¡la frente
que más he amado en mi vida!

...Se entró de tarde en el río,
la sacó muerta el doctor:
dicen que murió de frío:
yo sé que murió de amor.

Allí, en la bóveda helada,
la pusieron en dos bancos:
besé su mano afilada,
besé sus zapatos blancos.

Callado, al oscurecer,
me llamó el enterrador:
¡nunca más he vuelto a ver
a la que murió de amor!


POR DONDE ABUNDA LA MALVA

Por donde abunda la malva
y da el camino un rodeo,
iba un ángel de paseo
con una cabeza calva.

Del castañar por la zona
la pareja se perdía:
la calva resplandecía
lo mismo que una corona.

Sonaba el hacha en lo espeso
y cruzó un ave volando:
pero no se sabe cuándo
se dieron el primer beso.

Era rubio el ángel; era
el de la calva radiosa,
como el tronco a que amorosa
se prende la enredadera.







POLLICE VERSO

Si, yo también, desnuda la cabeza
de tocado y cabellos, y al tobillo
una cadena burda, heme arrastrado
entre un montón de sierpes, que revueltas
sobre sus vicios negros, parecían
esos gusanos de pesado vientre
y ojos viscosos, que en hedionda cuba
de pardo lodo lentos se revuelcan.
Y yo pasé, sereno entre los viles,
cual si en mis manos, como en ruego juntas,
las anchas alas púdicas, abriese
una paloma blanca. Y aún me aterro
de ver con el recuerdo lo que he visto
una vez con mis ojos. Y espantado,
póngome en pie, cual a emprender la fuga!
¡Recuerdos hay que queman la memoria!
¡Zarzal es la memoria; más la mía
es un cesto de llamas! A su lumbre
el porvenir de mi nación preveo.
Y lloro. Hay leyes en la mente, leyes
cual las del río, el mar, la piedra, el astro,
ásperas y fatales ese almendro
que con su rama oscura en flor sombrea
mi alta ventana, viene de semilla
de almendro: y ese rico globo de oro
de dulce y perfumoso jugo lleno,
y hasta el pomo ruin la daga hundida,
copa de mago que el capricho torna
en hiel para los míseros, y en férvido
tokay para el feliz. La vida es grave,
al flojo gladiador clava en la arena.
¡Alza, oh pueblo, el escudo, porque, es grave
cosa esta vida, y cada acción es culpa
que como, aro servil se lleva luego
cerrado al cuello, o premio generoso
que del futuro mal próvido libra!
¿Veis los esclavos? Como cuerpos muertos
atados en racimo, a vuestra espalda
irán vida tras vida, y con las frentes
pálidas y angustiosas, la sombría
carga en vano halaréis, hasta que el viento
de vuestra pena bárbara apiadado,
los átomos postreros evapore!
¡Oh, qué visión tremenda! ¡Oh, qué terrible
procesión de culpables! Como en llano
negro los miro, torvos, anhelosos,
sin fruta el arbolar, secos los píos
bejucos, por comarca funeraria
donde ni el sol da luz, ni el árbol sombra.
Y bogan en silencio, como en magno
océano sin agua, y ala frente
porción del universo, frase unida
a frase colosal, sierva ligada
a un carro de oro, que a los ojos mismos
de los que arrastra en rápida carrera
ocúltase en el áureo polvo, sierva
con escondidas riendas ponderosas
a la incansable Eternidad atada!
Circo la tierra es, como el romano;
y junto a cada cuna una invisible
panoplia al hombre aguarda, donde lucen,
cual daga cruel que hiere al que la blande
los vicios, y cual límpidos escudos
las virtudes: la vida es la ancha arena,
y los hombres esclavos gladiadores.
Mas el pueblo y el rey, callados miran
de grada excelsa, en la desierta sombra.
¡Pero miran! Y a aquel que en la contienda
bajó el escudo, o lo dejó de lado,
o suplicó cobarde, o abrió el pecho
laxo y servil a la enconosa daga
desde el sitial de la implacable piedra,
condenan a morir, pollice verso;
llevan, cual yugo el buey, la cuerda uncida,
y a la zaga, listado el cuerpo flaco
de hondos azotes, el montón de siervos!
¿Veis las carrozas, las ropillas blancas
risueñas y ligeras, el luciente
corcel de crin trenzada y riendas ricas,
y la albarda de plata suntuosa
prendida, y el menudo zapatillo
cárcel a un tiempo de los pies y el alma?
¡pues ved que los extraños os desdeñan
como a raza ruin, menguada y floja!










AL BUEN PEDRO

Dicen, buen Pedro, que de mí murmuras
Porque tras mis orejas el cabello
En crespas ondas su caudal levanta:
¡Diles, bribón, que mientras tú en festines,
En rubios caldos y en fragantes pomas,
Entre mancebas del astuto Norte,
De tus esclavos el sudor sangriento,
Torcido en oro lánguido bebes, -Pensativo,
febril, pálido, grave,
Mi pan rebano en solitaria mesa
Pidiendo ¡oh triste! al aire sordo modo
De libertar de su infortunio al siervo
Y de tu infamia a ti! Y en esos lances,
Suéleme, Pedro, en la apretada bolsa
Faltar la monedilla que reclama
Con sus húmedas manos el barbero.



CONTRA EL VERSO RETÓRICO

Contra el verso retórico y ornado
El verso natural. Acá un torrente:
Aquí una piedra seca. Allá un dorado
Pájaro, que en las ramas verdes brilla,
Como una marañuela entre esmeraldas -
Acá la huella fétida y viscosa
De un gusano: los ojos, dos burbujas
De fango, pardo el vientre, craso, inmundo.
Por sobre el árbol, más arriba, sola
En el cielo de acero una segura
Estrella; y a los pies el horno,
El horno a cuyo ardor la tierra cuece -
Llamas, llamas que luchan, con abiertos
Huecos como ojos, lenguas como brazos,
Savia como de hombre, punta aguda
Cual de espada: ¡la espada de la vida
Que incendio a incendio gana al fin, la tierra!
Trepa: viene de adentro: ruge: aborta.
Empieza el hombre en fuego y para en ala.

Y a su paso triunfal, los maculados,
Los viles, los cobardes, los vencidos,
Como serpientes, como gozques, como
Cocodrilos de doble dentadura,
De acá, de allá, del árbol que le ampara,
Del suelo que le tiene, del arroyo
Donde apaga la sed, del yunque mismo
Donde se forja el pan, le ladran y echan
El diente al pie, al rostro el polvo y lodo,
Cuanto cegarle puede en su camino.
El, de un golpe de ala, barre el mundo
Y sube por la atmósfera encendida
Muerto como hombre y como sol sereno.
Así ha de ser la noble poesía:
Así como la vida: estrella y gozque;
La cueva dentellada por el fuego,
El pino en cuyas ramas olorosas
A la luz de la luna canta un nido
Canta un nido a la lumbre de la luna.

Monday, October 02, 2006

LI PO, veinte mil poemas o la luna

Li-Po 701 - 762


Li Po, poeta taoista, nació el año 701 en la ciudad de Suiyuan, entonces ocupada por los antiguos turcos. El año 705 el padre trasladó a toda la familia a Quin Lian, China. Li Po abandonó su hogar a los 25 años y durante su estadía en Chang An fue nombrado Funcionario de la Academia Imperial intentando posteriormente hacer carrera política un par de veces, sin embargo, fracasó.Pasó largas temporadas en las montañas y otras viajando alrededor de China, vivencias inspiradoras de sus poemas que cantan las alegrías de la naturaleza, la amistad, el amor y el vino. Murió el año 762 de una enfermedad, aunque los rumores cuentan que se ahogó en el mar cuando, borracho, quizo besar a la luna desde el barco en que viajaba.Junto a su amigo Du Fu se los considera los poetas más grandes de China.







MIENTRAS BEBO, SOLO, A LA LUZ DE LA LUNA

Un vaso de vino entre las flores:
bebo solo, sin amigo que me acompañe.
Levanto el vaso e invito a la luna:
con ella y con mi sombra seremos tres.
Pero la luna no acostumbra beber vino,
y mi perezosa sombra sólo sabe seguirme.
Festejemos, con mi amiga luna y mi sombra esclava,
mientras aún es primavera.
En las canciones que entono vibran rayos lunares;
en la danza que ensayo mi sombra se aferra y deshace.
Los tres juntos, antes de beber, holgábamos;
ahora, ebrios, cada cual va por su lado.
¡Regocijémonos muchas horas todavía,
en nuestro extraño festín inanimado,
para encontrarnos al fin en el Rio de las Nubes!








BEBIENDO SOLO A LA LUZ DE LA LUNA

Entre las flores, un tazón de vino
bebo solo, ningún amigo está cerca.
Levanto mi copa, invito a la luna
y a mi sombra, y ahora somos tres.
Mas la luna nada sabe de bebidas
y mi sombra se limita a imitarme,
pero así y todo, luna y sombra serán mi compañía.
La primavera es época propicia para el goce.
Canto y la luna prolonga su presencia,
bailo y mi sombra se enreda.
Mientras me mantengo sobrio, somos alegres juntos,
cuando me embriago, cada uno marcha por su lado
jurando encontrarnos en el Río de Plata de los cielos.







FELIZ ENCUENTRO


El viento de la primavera nos embriaga
y sería feliz si los tres pájaros azules, mensajeros delcielo,
quisieran llevarte de cuando en cuando mis tiernos pensamientos.
Debes saber que el tiempo se va raudo,
nuestros negros cabellos muy pronto serán blancos.
Lamentamos la juventud perdida
¡pero ella no retorna nunca más!
¡Quiero decirte que te amo
y ojalá que tu amor responda al mío!
La vida humana se parece a la cera que escurre de los cirios,
cuando la cera se consume, la luz se extingue.
Las flores se abren más y más bellas en las ramas;
mientras la primavera avanza hacia su fin
ellas sólo piensan en las delicias del rocío y la lluvia,
¡no piensan nunca en su fin tan cercano!
Cuando mi alma se evadió de mi cuerpo rígido,
yo estaba triste al ver mi sepulcro en Tangtú.
La niebla matinal envolvía el bosque de pinos verdes
y allá lejos, la aldea se hundía entre la bruma.
Pero después de la muerte de mis hijos amados
ninguna atadura terrestre aprisionó mi alma.
Entonces suspiré largamente y subí al Kuen-Luen.
Siempre borracho de vino, me vestí con un traje parecido
a las plumas del fénix.
El monte es tan elevado que se pueden coger las estrellas a sus pies.






POEMA

Gracias al sol florecen los perales y duraznos,
¡qué lujo y seducción esparcen sus bellas flores!
El viento del Este acaricia todas las cosas,
y árboles, y hierbas parecen querer hablar.
Las ramas desnudas se visten de follaje
y la fuente seca reemprende su curso.
La fuerza suprema hace girar el cielo y la tierra,
el tiempo jamás deja su látigo en reposo...
Hasta el oro y la piedra se convertirán en polvo,
nada se perpetúa bajo el viento y la helada.
En el temor de morir, después que el sol y la luna se pongan,
propongámonos estar contentos, bebamos y cantemos.
El hielo del otoño atacará de pronto sin piedad los
débiles sauces y las cañas.





A WANG LUN

Estoy a bordo, estamos listos para zarpar,
mientras en tierra zapatean y cantan.
La Laguna del Durazno en Flor tiene mil pies de profundidad
pero no es tan honda, Wang Lun, como tu amor por mí.




EL PABELLÓN MERIDIONAL DE HAN TAN,MIRANDO A LAS CORTESANAS
(Fragmento)


Las cantantes son nativas de yen y de tchao.
Las encantadoras jóvenes del país de Wei hacen vibrar las cuerdas,
sus rostros maquillados refulgen bajo los rayos del sol,
sus mangas flotantes se mecen como ramas floridas.
Levanto mi vaso e invito a las hermosas
a cantar la canción de Han-tan.
¡Cómo gira bajo nuestras cabezas el sonido claro de los tcheng!
Detiene y hace descender la nube azuleja.
¡Dios mío! ¿Dónde está ahora el príncipe de Ping-yuan,
famoso antaño? Solos en el antiguo estanque
prosperan los renacuajos.
Entre los tres mil huéspedes de este príncipe
¿quién de nosotros recuerda aún algunos de sus nombres?
Si no gozamos de la vida, simplemente seremos dignos
de la piedad de nuestros descendientes.






LUCHANDO AL SUR DE LA CIUDAD


El año pasado luchamos en las puertas del sangkan;
este año, a lo largo de los lechos de los ríos en el Pamir,
hemos lavado nuestras espadas en la espuma de los mares partos
y apacentamos nuestros caballos entre las nieves de Tienshan.
Después de una campaña de diez mil líes
nuestros hombres están fatigados y envejecidos.
Batallar, masacrar, para los hunos es igual que sembrar:
huesos blancos son la única cosecha en estas arenas amarillas.
Donde la Casa de Chin construyó la Gran Muralla contra los nómades,
la Casa de Han conservó encendidos los fuegos del faro
y éstos arden aún:
parece que no hay fin para la lucha.
En el yermo los hombres se cortan en pedazos,
caballos sin jinete relinchan furiosamente hacia los cielos,
milanos y cuervos arrancan las entrañas humanas,
vuelan con ellas y las cuelgan
en las ramas de los árboles muertos.
La sangre de los soldados mancha la hierba y las zarzas.
¿Para qué sirve un jefe sin sus tropas?
La guerra es algo temible
y el príncipe juicioso recurre a ella sólo si debe hacerlo.




MIRANDO ALEJARSE A MEN HO-JAN HACIA YANGCHOW, DESDE LA TORRE DE LA GRULLA AMARILLA

En la torre de la grulla amarilla, en el oeste,
mi viejo amigo dice adiós.
Entre la bruma y las flores de primavera
desciende hacia Yangchow.
Vela solitaria, sombra distante,
se desvanece en el vacío azul.
Sólo veo el gran río fluyendo
en el horizonte lejano.








LOS GORRIONES EN LA CIUDAD ABANDONADA

Los gorriones pían lánguidamente en la ciudad abandonada.
¡Qué sombría es su suerte!
Se mezclan a los abejarucos, pero no osan seguir
las huellas del fénix.
La madre tiene cuatro pichones que nutrir
y los pichones carecen de alimentos;
picotea los restos de paja picada y las vainas de las habas,
inquieta, temiendo que la sigan los cuervos y milanos.
.....................
Tu destino está señalado desde antes de que nazcas,
síguelo y deja de lado la ambición.







EL OTOÑO EN LA CIUDAD DE PA-LING

Temprano en la mañana, vago por las orillas del lago tongting,
paseo mis miradas y ningún obstáculo se interpone en el horizonte.
El lago extiende su agua tranquila y límpida:
es un verdadero paisaje de otoño
y su aspecto es glacial y melancólico.






EL CANTO DEL INSPECTOR TING

Yungyang envía levas de obreros al yangtsé;
ambas riberas del río están plagadas de hombres y de tráfico.
Cuando los búfalos de Wu acezan bajo la luna,
arrastrar los barcos es trabajo agotador.
Las aguas del río, demasiado fangosas para ser bebidas,
llenan de espeso cieno la mitad del recipiente.
Cuando los trabajadores entonan el Canto del Inspector,
los corazones se rompen, las lágrimas corren como lluvia,
diez mil trabajan de esclavos en la presa,
¿pero quién arrastrará la piedra hasta la ribera del río?
Mirad allá, los pétreos Mang y Tang.
¡Cuántas lágrimas han caído aquí desde los tiempos antiguos!





A MI ESPOSA
(Fragmento)

Soy menos libre que esas felices parejas,
no puedo volverte a ver hasta que el año casi termine.
Compongo este pequeño poema para decirte mi tristeza.
¡Las lágrimas me nublan la vista
y no acierto a plegar mi carta!





EL SAPO ATACA A LA LUNA DE YAO-TAI

El sapo ataca a la luna de yao - tai y se la traga.
El disco brillante se extingue en el seno del firmamento,
las tinieblas se engullen el alma de oro.
El arcoiris atraviesa las constelaciones de Sen-Wei,
el sol naciente opaca la luz matinal.
Las nubes flotantes separan a los dos astros,
todo es incierto como en un sueño.
Aislado, aislado el palacio de Tchang Men:
antes inspiraba a nuestros antepasados, ¡ahora no existe ya!
El laurel roído por los insectos florece, pero no trae frutos,
el cielo duplica su desgracia cubriéndolo de escarcha.
Me entristece. Suspiro en la larga noche solitaria
y las lágrimas humedecen mi ropa.







PENSAMIENTOS DE PRIMAVERA

La hierba de Yen es seda verde,
oscuras cuelgan las ramas de mora de Chin.
Mientras vos, mi señor, estáis anhelando volver,
el corazón de vuestra criada se destroza en el hogar.
Ah, ¿por qué el viento de primavera, un extraño,
separa las cortinas de mi lecho?






CONTEMPLANDO LA CASCADA DE LUSHAN

Al alba, el pico del incensario exhala vapor púrpura,
lejos cae la catarata, corriente vertical;
rueda hacia abajo, desde trescientos pies
como si el Río de Plata estuviera cayendo del cielo.





LOS POEMAS DEL CHU BLANCO

PRIMER POEMA

Las hermosas del norte y las del este
cantan con límpida voz
y muestran sus dientes blancos y bellos.
“Cesad con la Canción del Agua Verde
y cantad la del Chu Blanco”.
“Se levantan para ti, naciendo sus largas mangas”.
Es la nube solitaria que se borra en la tarde
y vacía el océano del hielo.
Es también el aquilón furioso que expulsa de los cielos
y hace volver a tierra a los gansos silvestres venidos del Norte”.
En toda la sala las bellas resplandecen
y la música sigue todavía.




SEGUNDO POEMA

Desde el anochecer, los cantos y la música surgen
confusamente del palacio.
La luna es glacial, mudo el río, profunda la noche.
Una sonrisa de la hermosa vale mil monedas de oro.
Vestida de raso, hace flotar sus mangas de espumilla y danza
y canta melancólicos aires.
“Cesa la Canción de la Nieve Blanca
y canta más bien la de Tsen-ye
para conmover el corazón del soberano”.
“Para conmover el corazón del soberano
y esperar el favor imperial,
quisiera ser una de las dos cercetas del estanque celeste
y elevarme un día más allá de las nubes azules”.





TERCER POEMA

Con las tijeras corta la seda
para hacer un vestido de danza.
Con este hermoso vestido y esta brillante tenida
su belleza rivaliza con el sol primaveral.
Ella danza, la mirada viva.
Sus mangas flotan como la nieve
y su rostro de flor que podría trastornar la ciudad
sin rival permanece.
Es una bella cosa, preciosa en este mundo.
Modula sucesivamente varias canciones.
El invitado, ebrio, ya no piensa en volver.
La luna se inclina detrás del tejado
y las bujías acaban de consumirse.
“Dejadme prender la cinta de vuestro sombrero
con mi horquilla
y... no protestéis!”








MU WANG Y WU TI

Mu Wang de los Chen, quería visitar los ocho desiertos,
Wu Ti, de los Han, dominaba a diez mil súbditos,
pero ni los placeres ni la ambición los satisfacían
ni las hazañas ni la gloria los deslumbraban.
El uno en las riberas del mar occidental,
ofreció un festín a Si Wang-mu,
el otro en el Palacio del Norte invitó a Chang-yuan.
En el Estanque de Jade se escucha aún el eco de los cantos de antaño,
pero la bebida de la Taza de Jade no proporciona la inmortalidad.
Las hierbas silvestres invaden los palacios embrujados por esos inmortales.
¡Es inútil gemir por los espíritus desaparecidos hace mil años!








POEMA

Pienso en una inmortal que se halla al sur del océano glauco.
El viento sopla violento sobre las aguas,
allí donde la temperatura es rigurosa
y donde el impetuoso mar se ha desencadenado.
Como montañas que se derrumban de súbito,
las ballenas gigantes lanzan allí tan alta el agua
que no osaría uno aproximarse.
Pongo las manos sobre mi corazón
y mis lágrimas caen como perlas finas.
Un pájaro azul, mensajero del cielo,
vuela desde el poniente hacia el oriente.
“Detente un minuto, quiero que lleves
esta carta mía a la diosa Ma”.







VISITA EN SUEÑOS A LA MONTAÑA MADRE DEL CIELO

(Canto de adiós)

Los navegantes hablan de islas encantadas
perdidas entre la niebla y las olas,
pero los hombres de Yueh hablan de la Montaña Madre del Cielo
que se muestra a través de las grietas en las nubes que rielan.
La Madre del Cielo se remonta al firmamento, atraviesa el horizonte,
se proyecta sobre los Cinco Picos y la Fortaleza Escarlata,
mientras la Terraza del Cielo, a ciento sesenta mil metros de altura,
se tambalea hacia el Sudeste ante ella.
De este modo, anhelante en mis sueños por Wu y Yueh,
una noche volé sobre el Lago del Espejo, bajo la luna,
la luna derramó mi sombra sobre el agua
y viajó conmigo hasta el propio Yenshi.
El pabellón del señor Hsie aún permanecía
donde las aguas verdes se arremolinaban y el chillido de los monos era estridente.
Calzando los zapatos de Hsie, trepé por la oscura escalera de las nubes,
a medio camino vi surgir del océano el sol
y oí el canto del Gallo del Cielo.
Y mi senda se enroscó a través de mil despeñaderos.
Embriagado por las llores me recosté contra una roca
y de pronto todo estaba oscuro.
Resonaron gruñidos de osos y rezongos de dragones
entre las rocas y los arroyos.
La selva impenetrable me aterrorizó, huí de los acantilados amenazantes,
oscuras eran las nubes, pesadas de lluvia,
las aguas hirvientes se convirtieron en brumosos rocíos,
se encendían relámpagos, el trueno resonaba,
los picachos temblaban, los guijarros se rompían
y el umbral de piedra de una enorme caverna se abría en un bostezo.
Debajo de mí, un vacío insondable de azul,
el sol y la luna fulguraban sobre terrazas de plata y de oro;
con arcoiris por ropajes y vientos por corceles,
los amos de las nubes descendieron como anfitriones poderosos,
los fénixes rodeaban las carrozas, los tigres tocaban la cítara
mientras pasaban los inmortales fila tras fila.
Mi corazón estaba embargado por el miedo y el asombro
y despertando sobresaltado, grité
pues nada había allí, salvo mi estera y mi almohada:
el mundo de tinieblas y nubes había desaparecido.
Y así ocurre con los placeres de esta vida:
todo pasa, como el agua corre hacia el Este.
Te dejo, amigo, ¿cuándo volveré?
Iré a pastorear ciervos blancos entre los picachos verdes
y cabalgando visitaré montañas famosas en la leyenda.
¿Querrías que inclinase la cabeza ante príncipes poderosos
olvidando toda la alegría de mi corazón?






PU SA MAN

El bosque inmenso está enterrado en un velo de niebla,
la montaña solitaria derrama su glauco color.
El crepúsculo penetra a la elevada cámara
donde hay una mujer triste.
En vano permanece de pie en lo alto del porche de color jade.
Los pájaros vuelan apresurados hacia sus nidos.
¿Por dónde retornará su amado?
Las largas etapas suceden a las etapas cortas.







EL PUENTE DE TIENTSIN

Al salir de la audiencia imperial, los altos dignatarios
se dispersan en la capital.
Sus cabalgaduras van y vienen, semejantes a dragones,
todos los caballos están envueltos en una caparazón de oro y seda,
los transeúntes les ceden el paso y ni siquiera osan
respirar al cruzarse con ellos.
Su orgullo es más alto que la cumbre del Songchan.
Vuelven los magistrados a sus altas y vastas mansiones
donde los guisos raros exhalan un delicioso vaho.
Pasa una brisa fragante, las hermosas bailan la danza de Chao,
las cuerdas armonizan con los cantos de Tshi.
.....................
Los placeres no cesan de día ni de noche.
Todos creen haber pasado ya mil otoños.
El que triunfa en la vida pública y no quiere dejarla
arriesgará el infortunio y conocerá días amargos.
.....................
¿ Cómo no imitar a Che Yi-sen
quien, con los cabellos esparcidos en la frente,
navegaba en su raudo esquife?





POEMA

Las ramas de los sauces llorones rozan el agua verde;
al mecerse nos deleitan con su frescura primaveral.
Las flores de los sauces llorones son más resplandecientes
que la nieve de la Puerta de Jade,
y su follaje plateado acaricia como la bruma la ventana dorada.
La hermosa padece siempre una melancolía vaga;
al mirar esos árboles se siente entristecida,
quiebra una rama, símbolo de primavera,
y la envía a los lugares lejanos, hasta Longting.








EL CANTO DEL AGUA VERDE

Agua verde, brillante sol de otoño
en el Lago del Sur están juntando lentejas de agua.
Los lotos, tan amorosos que parecen a punto de hablar,
llenan a los bogadores de desesperación.








VERSOS EN EL VIEJO ESTILO

Grandes carrozas levantan remolinos de polvo
oscureciendo los campos en pleno mediodía.
¡De qué abundancia de oro disponen estos eunucos poderosos
cuyas mansiones llegan hasta las nubes!
Vedlos en camino hacia una riña de gallos,
¡qué magníficas tocas, qué palios!
El aliento que les brota de las fosas nasales forma un doble arcoiris.
Las gentes junto al camino se estremecen de pánico.
Desde los tiempos del docto anciano que se lavó las orejas
no hay nadie que distinga entre Yao y Chih.








CON MADRE HSUN EN LA COLINA DE LOS CINCO PINOS

Al pie de la colina de los cincos pinos
estoy solo, casi sin bienestar.
Los labradores trabajan duro en el otoño;
mi vecina descorteza sus cereales en la noche fría.
De rodillas, me ofrece un plato de tiao-hu.
La luz de la luna hace centellear el blanco plato.
Recuerdo con angustia a la lavandera de antaño.
Le doy las gracias una y otra vez
pero no puedo tocar sus alimentos.




PENSAMIENTOS EN LA NOCHE SILENCIOSA

Debajo de mi lecho ¿se ha escarchado en el suelo un charco de luz?
Levanto los ojos y veo la luna,
inclino la cabeza y pienso en el hogar.






YI CHIN O

Sollozan las notas del Syao.
La luna penetra en la casa de Tsin y provoca el ensueño de la hermosa,
¡la luna penetra en la casa de Tsin!
Todos los años los sauces llorones se revisten del mismo color.
¡Qué tristeza pensar en los adioses ante el mausoleo de Pa-ling!
Durante los bellos días de otoño se vaga en la llanura,
pero desde hace largo tiempo ningún correo pasa por la antigua ruta de Hsien-yan,
¡ningún correo pasa!
¡Silba el aquilón y el sol que muere ilumina oblicuamente
el mausoleo y la frontera de los Han!






EL SUEÑO DE CHUANG CHENG

En sueños, Chuang Chen se convierte en mariposa
y la mariposa vuelve a ser Chuang Chen.
Un solo cuerpo toma diversas formas.
Las cosas de aquí abajo son en verdad inciertas.
¡Quién sabe si el agua de Pen-lai no proviene de un humilde arroyuelo!
El que ahora cultiva melones en Puertas Verdes
era ayer el duque de Tong-ling.
Nobleza y fortuna son así, fugitivas.
¿Hacia qué parte corres y qué es lo que deseas?






POEMA

A los quince años penetré en el palacio de los Han,
mi rostro de flor sonreía a las rosas de la primavera.
El soberano eligió a las bellas damas
y el favor imperial me colmó.
Sobre la almohada del amor yo mimaba al claro de luna
y doblando mis ropas pensaba en el viento primaveral.
¡Dios mío! ¡Cómo podía prever que la Golondrina Voladora,
por quien mi odio es eterno, me arrancaría la felicidad!
La angustia me mataba...
Mis cabellos negros se volvieron completamente blancos.
Ahora que he caído en la desgracia
toda acción de aquí abajo me parece vana.
Cambio por buen vino mis adornos de martín-pescador
y guardo los trajes de danza en un cofre.
¡Qué frío! ¿Qué más diré?
Toco música para ti;
pero mi corazón se turba y las cuerdas se rompen.
Mi alma atormentada ya no conoce el sueño.







EL CAMINO DE SECHUAN

¡Qué alturas!
Es más fácil escalar el cielo
que seguir el camino de Sechuán.
Hace ya mucho tiempo que Tsan Tsung y Yu Fu
fundaron el reino de Shu;
cuarenta y ocho mil años transcurrieron
y aún ningún camino lo unía a la tierra de Chin.
Al oeste de la montaña Taipo una huella de pájaro
se insinuó hasta la cumbre del monte Omei,
pero no antes de que los valientes perecieran en el gran derrumbe de tierra
los puentes fueron enganchados en el aire
y un camino se abrió paso entre las rocas.
Arriba, altos picachos hacen retroceder el carro del sol
tirado por seis dragones;
abajo, las agresivas olas son cogidas en la vorágine;
ni aun las grullas amarillas osan volar en este camino,
los monos no pueden saltar estas gargantas.
En la Verde Sierra Pantanosa el camino se retuerce de un lado a otro
con nueve vueltas cada cien pasos.
Tocando las estrellas, el viajero mira hacia arriba y jadea,
luego se hunde, apretándose el corazón para gritar gimiendo.
Amigo, ¿cuándo volverás de este viaje hacia el Oeste?
Es éste un camino de espanto. No puedes cruzar estos acantilados.
Lo único viviente son los pájaros que se quejan en árboles antiguos,
requiriendo los machos a las hembras de uno a otro lado del bosque,
y el cuclillo, hastiado de las colinas vacías, canta a la luna.
Es más fácil escalar el cielo
que seguir el camino de Sechuán.
La sola mención de sus peligros blanquea las mejillas juveniles.
Los picos se suceden a los picos, cada uno tan solo a
una cuarta de distancia del cielo;
pinos muertos cuelgan cabeza abajo sobre los precipicios,
torrentes y cataratas rivalizan bramando,
golpeando los acantilados e hirviendo sobre las rocas,
resonando como truenos a través de mil cavernas.
¿Por qué, viajero, escoges este largo y fatigoso camino tan llenos de peligros?
El Paso de la Espada es empinado y angosto,
un hombre podría defenderlo del asedio de diez mil;
y a veces sus defensores no son hombres mortales sino chacales y lobos.
Durante el día nos guardamos del tigre salvaje y por la noche de la serpiente
de diente agudo, chupadora de sangre,
que abate al hombre como a un tallo de cáñamo.
La Ciudad del Brocado puede ser un lugar agradable,
pero es mejor que busques tu hogar
porque es más fácil escalar el cielo
que seguir el camino de Sechuán.
Yo clavo mi mirada en el Oeste y suspiro.